par Antoni Slodkowski
Quelque 130 chefs d'Etat et de gouvernement ont rendez-vous cette semaine à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies après une année marquée par l'escalade des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine et les inquiétudes liées à l'essor exponentiel de l'intelligence artificielle.
Pour la deuxième année consécutive, le président américain Donald Trump montera à la tribune de l'Onu contrairement à son homologue chinois Xi Jinping qui fera l'impasse, privilégiant un entretien en tête-à-tête avec le locataire de la Maison blanche jeudi à Washington.
Ce choix ne manquera pas d'alimenter le débat sur la pertinence de l'organisation des Nations unies face aux crises mondiales et aux assauts de Donald Trump contre les instances multilatérales nées après la Seconde Guerre mondiale.
Le président américain a retiré les Etats-Unis de nombreuses agences des Nations unies et réduit drastiquement la contribution financière de Washington.
"Nous ne dirions plus que l'Onu est en chute libre, mais plutôt qu'elle est enlisée dans une crise sans issue prévisible", estime Richard Gowan, de l'International Crisis Group. "L'Onu n'est peut-être plus en soins intensifs comme l'an dernier, mais elle semble condamnée à rester aux urgences pour une durée indéterminée."
Pour éviter de perdre son vote à l'Assemblée générale, Washington a versé cette semaine 725 millions de dollars de contributions au budget ordinaire, mais doit encore à l'organisation plus d'un milliard de dollars, tout en continuant d'exiger en retour des réformes.
A cette crise morale et financière s'ajoutent les questions concernant la succession du secrétaire général Antonio Guterres, dont le mandat expire à la fin de l'année sans qu'aucune personnalité ne se dégage clairement pour prendre sa relève.
L'ancien Premier ministre socialiste portugais a déclaré que l'IA constituerait un sujet majeur lors de l'Assemblée générale de ces prochains jours, alors que plusieurs dirigeants d'entreprises du secteur ont alerté récemment sur les dangers inhérents à cette technologie.
Pour Antonio Guterres, les Etats doivent établir des "garde-fous communs afin d'éviter une course qui pourrait un jour conduire à une catastrophe gigantesque au niveau mondial".
Le secrétaire général préconise depuis longtemps l'établissement d'une gouvernance mondiale de l'IA. L'Onu a mis en place dès 2023 un organe consultatif sur cette technologie, composé notamment de dirigeants du secteur, de représentants gouvernementaux et d'universitaires.
Les craintes exprimées par Antonio Guterres ont été balayées cette semaine par Donald Trump, qui a qualifié les risques liés à l'IA de "supercherie", affirmant que la Chine tirerait profit des doutes semés quant à son développement.
DES GUERRES SANS FIN
Le Moyen-Orient sera un autre sujet majeur des discussions, la guerre lancée contre l'Iran à la fin février par les Etats-Unis et Israël continuant d'alimenter l'inflation au niveau mondial et à déstabiliser la région.
La récente progression des Houthis vers le détroit de Bab el-Manded, lesquels pourraient bloquer une voie alternative à Ormuz pour les exportations pétrolières des pays du Golfe, a encore fait grimper les cours du brut ces dernières semaines.
"Il est très difficile de trouver une solution militaire à ce problème, et l'expérience du conflit au Yémen a montré à quel point il est complexe de mener des interventions fructueuses", a souligné Antonio Guterres, ajoutant que l'envoyé de l'Onu dans le pays déployait des "efforts considérables" pour faire avancer des pourparlers de paix.
Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis sont au point mort, alors que les deux pays continuent d'échanger des frappes et que Donald Trump brandit régulièrement la menace d'une escalade majeure.
Le président iranien, Massoud Pezeshkian, doit s'adresser à l'Assemblée mercredi.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, visé par la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité présumés à Gaza, des accusations qu'Israël rejette, prendra la parole jeudi.
Pour la deuxième année consécutive, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas ne sera pas présent à New York, les États-Unis lui ayant de nouveau refusé un visa, et interviendra par visioconférence.
Une réunion de haut niveau sur la guerre au Soudan devrait se tenir en marge de l'événement, selon des diplomates, bien qu'une percée diplomatique soit peu probable.
La guerre en Ukraine, aussi, nourrira les débats, le président ukrainien Volodimir Zelensky et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov étant attendus à la tribune.
En l'absence de perspective d'un règlement global du conflit déclenché par l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par les forces russes en février 2022, Antonio Guterres a insisté sur la nécessité de mettre fin au blocus de facto du transport maritime en mer Noire.
"Je pense qu'il serait très important de trouver un moyen de permettre aux exportations ukrainiennes et russes de denrées alimentaires, d'engrais et d'énergie de s'effectuer en toute sécurité via la mer Noire", a déclaré le secrétaire général de l'Onu.
(Antoni Slodkowski, avec la contribution de Michelle Nichols; Jean-Stéphane Brosse pour la version française)

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